
En cette année symbolique du 50e des Jeux olympiques d’été de 1976 et dans le contexte du remplacement de la toiture du Stade olympique, aussi appelé “Big O”, il est important d’analyser cette icône et de comprendre son histoire, tout particulièrement l’impact de la transformation de ce monument, au niveau environnemental.
Entre fierté et controverse, les avis sur le Stade olympique sont très partagés entre les Québécois et les Montréalais. Cela pose une question centrale pour le sport moderne : Les grandes infrastructures sportives doivent-elles être démolies… ou réinventées ?
Cette série en trois articles vise à documenter une réalité rarement analysée dans le sport : la gestion environnementale d’une méga-infrastructure existante.
Le développement durable au Parc olympique ne date pas d’hier et encore moins du démantèlement de la toiture du Stade. De plus, sa stratégie date de 2016 et plus récemment elle s’inscrit dans un plan quinquennal adopté par le gouvernement du Québec en mars 2023 pour une harmonisation de la vision commune au niveau provincial et vers des objectifs qui guideront les démarches plus durables.
Selon le rapport Building Materials and the Climate: Constructing a New Future de l’UNEP/GlobalABC, la construction neuve génère effectivement 2 à 4 fois plus de carbone « incorporé » (émissions liées aux matériaux et à la construction) qu’une rénovation lourde.
Joëlle Brodeur : “Qu’est-ce qu’on fait de ces installations-là ? Ce n’est pas juste du patrimoine bâti, c’est toute une symbolique, tout un potentiel touristique. Il fallait leur donner une deuxième vie.”
Série “Parc O” – est une série d’articles sur le Parc olympique de Montréal pour observer tous les changements depuis 50 ans et sa transition écologique. À travers cette série de 3 articles, vous pourrez en apprendre davantage avec notre rencontre de Joëlle Brodeur, PDG du Parc olympique, découvrir les étapes du démantèlement de la toiture du Stade olympique et toutes les initiatives d’économie circulaire qui y sont liées.
Qu’est que le Parc olympique ?
Le Parc olympique est un héritage des Jeux d’été de Montréal de 1976, les seuls Jeux d’été qui se sont tenus au Canada. Situé à l’est de Montréal, il domine avec sa tour inclinée et gigantesque du Stade olympique, qui trône dans ce magnifique parc urbain.
La mission du Parc olympique est claire: “Développer, gérer, promouvoir et exploiter le Parc olympique afin de permettre la tenue d’événements sportifs, culturels et communautaires, d’expositions ainsi que d’activités récréatives et touristiques, en complémentarité avec ses partenaires et la communauté environnante; mettre en valeur le patrimoine et l’héritage olympique.”
Le Parc olympique est constitué de plusieurs établissements dont il est fiduciaire, dont : ses esplanades, son Stade, sa Tour, son Centre sportif et ses stationnements souterrains, parmi les plus important au pays. À ceux-ci, se greffent des installations, dont l’aréna Maurice Richard, l’INS avec de nombreuses fédérations sportives, le Centre Pierre-Charbonneau, le Stade Saputo, le Biodôme, le Planétarium, ainsi que deux stations de métro et bientôt un hôtel (2028) qui viendra remplacer le cinéma Starcité.
Dans cette série nous allons nous intéresser au Stade olympique avec le démantèlement de la toiture et sa reconstruction. C’est dans ce contexte que nous avons réalisé une entrevue avec Nadir Guenfoud, vice-président, modernisation et remplacement de la toiture du Stade olympique.
Le virage écologique du Parc olympique
La transition écologique du Parc olympique ne débute pas avec le démantèlement de la toiture du Stade. Selon le Plan d’action de développement durable du Parc olympique, “en 2016, le Parc olympique s’est lancé dans un projet d’envergure d’efficacité énergétique visant l’optimisation et la modernisation de nombreux équipements pour permettre une diminution importante de la consommation d’énergie, de la facture énergétique et des émissions de gaz à effet de serre des bâtiments.”
Principaux axes de développement :
- Efficacité énergétique : modernisation de la centrale thermique et des réseaux de chauffage.
- Modibilité durable : Politique de décarbonation de la mobilité des employé(e)s du Parc olympique.
- Économie circulaire : Plan de gestion des déchets de construction, de rénovation et de démolition au Parc olympique (PGDCRD).
Joëlle Brodeur : “Le Parc olympique, par l’ensemble de ses activités, compte être parmi les moteurs de la revitalisation en cours de l’est de Montréal.”
Des résultats mesurables
Le Parc olympique annonce une réduction d’environ 85% de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2016 et 2021, selon le Plan d’action DDPA, dépassant largement l’objectif initial de 57%,
Malgré l’accroissement des activités événementielles et des partenaires l’ambition reste la même et les tonnes de GES émises annuellement vont diminuer avec un objectif de diminution de 11,5%
La modernisation de la centrale thermique et des réseaux de chauffage a transformé le parc en une infrastructure moderne, performante et respectueuse de l’environnement grâce à des économies d’énergie significatives.
Le démantèlement de la toiture du Stade olympique
Parler du Stade olympique sans évoquer sa toiture serait impossible. En 50 ans, le bâtiment s’apprête à accueillir sa troisième toiture, un fait qui alimente depuis longtemps des critiques et des incompréhensions.
Nadir Guenfoud « Un stade de 50 000 places, ça ne court pas les rues »

Entrevue avec Nadir Guenfoud, vice-président, modernisation et remplacement de la toiture du Stade olympique.

Dans le cadre du remplacement de la toiture du Stade olympique de Montréal, nous avons échangé avec Nadir Guenfoud afin de comprendre pourquoi le choix du démantèlement, de la réutilisation des matériaux et de la modernisation ont été privilégiés plutôt qu’une démolition complète. Une discussion qui révèle les enjeux environnementaux, techniques, économiques et sociaux derrière ce chantier emblématique.
Nadir Guenfoud « Plus on communique de façon transparente et pédagogique, plus la perception devient positive. Les gens aiment comprendre le côté technique.»
Sport+Eco : Pourquoi choisir de faire un démantèlement et non une destruction?
Nadir Guenfoud : « D’un point de vue écoresponsable, la réutilisation d’une infrastructure existante est prioritaire. Un stade de plus de 50 000 places, ça ne court pas les rues. Donner une seconde vie à une infrastructure existante à travers une nouvelle toiture était logique, surtout que la toiture précédente était problématique et nous empêchait d’utiliser pleinement cette infrastructure-là. Avec le remplacement de la toiture et la modernisation qu’on en fait, on vise à l’utiliser pour encore 50 ans. »
« Si on compare à une démolition : des centaines de milliers de tonnes de béton à transporter, les camions, toutes les problématiques pour le quartier… Tout ça pour au final avoir un gigantesque vide ? On ne voyait pas ça comme du progrès. »
Le Stade en chiffres :
- 50 années d’existence
- 135 tonnes de matières récupérées
- 1 500 tonnes d’acier
- 42 000 m2 de membrane (extérieures et intérieures) de la toiture (soit 26 rink de hockey)
- 12 km câbles qui soutiennent la structure de l’ancienne toiture

Sport+Eco : Pouvez-vous nous expliquer les grandes étapes du démantèlement du toit ?
Nadir Guenfoud : « On utilise le mot démantèlement plutôt que démolition parce que c’est beaucoup plus représentatif de la minutie et de la complexité des gestes à poser. On n’est pas à mettre un bulldozer et tout jeter à terre. La qualité de la structure et la qualité architecturale qu’on a entre les mains, ce n’est pas comparable. »
Il faut d’abord comprendre la structure, le cheminement des efforts. Je me rappelle d’une des premières visites avec les ingénieurs : à la blague, je leur ai demandé “c’est quel morceau qu’on coupe en premier ?” Ils m’ont répondu : “On ne sait pas encore, il faut l’étudier.”
Étapes clés évoquées :
- Démantèlement de la toile;
- Retrait de la structure secondaire;
- Retrait d’environ 1 500 tonnes d’acier;
- Relâchement progressif des tensions (structure tendue, comme une tente);
- Utilisation de vérins pour éviter tout mouvement brusque.
Nadir Guenfoud : « On installe les nouvelles composantes. Il y a 38 sections d’anneau technique, près de la moitié est déjà installée. Au printemps, on sera à l’étape d’assembler la nouvelle toiture au sol, puis on la soulèvera jusqu’à 60 mètres pour la suspendre. En 2027, on complétera la partie vitrée qui permettra de faire entrer la lumière naturelle. »
La réutilisation des matériaux
Dans l’optique de réutiliser les matériaux, le Parc olympique a lancé un concours international de revalorisation des matériaux et composantes structurelles issues du démantèlement de la toiture du Stade olympique, en avril 2024. C’est le défi très ambitieux et ingénieux du Parc olympique, qui poursuit son virage de développement durable et d’économie circulaire.
Huit projets ont été présélectionnés sous les critères suivants :
- Réutilisation complète des matériaux
- Innovation, processus et impact environnemental
- Aménagement
- Développement de produits
Ces projets ont été soumis au vote d’experts mais aussi du public. Dont le plus populaire fut “FLOAT” un projet ambitieux de quatre îles flottantes avec une piscine. Est-ce que ces projets font prendre vie? Sûrement pas, mais ils ont été très inspirants pour d’autres projets, que vous découvrirez dans le deuxième article de cette série.
Le projet « FLOAT » de la firme d’architecture Populus a conquis le cœur des Québécois, réimaginant les matériaux du toit pour créer un espace public inspirant, relié par des îles et une jetée arquée. Ce concept audacieux reconnecte les Montréalais·es à leur fleuve tout en rendant hommage à l’histoire du stade.

Nadir Guenfoud :« Ce concours s’inscrit dans une démarche globale. Inspiré notamment du projet de décostruction du pont Champlain. Ce n’était ni une finalité ni un geste ponctuel, mais un laboratoire d’idées. Ça a généré de l’intérêt, de la visibilité, et certaines idées ont inspiré des solutions plus réalistes. »
Conclusion – Plus qu’un Stade
Le Stade olympique n’est pas seulement un héritage des Jeux de 1976, il est devenu un exemple de durabilité entre : moderniser, réduire son empreinte, et assumer la responsabilité de ses infrastructures sur le long terme. Ce modèle basé sur le démantèlement est une source d’inspiration pour toutes les grandes installations et héritage de grands événements.
La transformation en cours montre qu’une méga-infrastructure peut évoluer, non sans contraintes, mais avec une volonté d’aligner patrimoine, performance et transition écologique. L’avenir du sport durable ne se joue plus uniquement dans la conception des nouveaux stades, mais dans la manière dont nous gérons ceux que nous avons déjà.
Nadir Guenfoud « Au final, si les citoyens voient un stade pleinement opérationnel capable d’accueillir des événements qu’on ne pouvait pas recevoir avant… versus un trou, le choix est clair. La dimension durable renforce la perception positive. »


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