
En cette année symbolique du 50e des Jeux olympiques d’été de 1976 et dans le contexte du remplacement de la toiture du Stade olympique, aussi appelé “Big O”, il est important d’analyser cette icône et de comprendre son histoire, tout particulièrement l’impact de la transformation de ce monument, au niveau environnemental.
Entre fierté et controverse, les avis sur le Stade olympique sont très partagés entre les Québécois et les Montréalais. Cela pose une question centrale pour le sport moderne : Les grandes infrastructures sportives doivent-elles être démolies… ou réinventées ?
Cette série en trois articles vise à documenter une réalité rarement analysée dans le sport : la gestion environnementale d’une méga-infrastructure existante.
Le Stade olympique s’apprête à célébrer 50 ans d’existence après les Jeux de 1976 et à faire peau neuve. Comment réinventer cette méga-infrastructure olympique ? Sport+Eco vous propose une entrevue exclusive avec la PDG du Parc olympique sur la transition écologique du Stade olympique de Montréal.
Historiquement, les stades deviennent des bâtiments passifs. Montréal devient un laboratoire de transition : Remplacement du toit, modernisation des installations, revalorisation des matériaux et réduction de l’empreinte environnementale, le chantier dépasse largement la simple rénovation. De plus, une fois sa réouverture en 2028, le Stade olympique a pour ambition de renaître et d’accueillir des événements de grande envergure, tout en préservant son héritage, l’environnement et l’accès à ce grand parc urbain pour les résidents montréalais.
Joëlle Brodeur : Cinquante ans, ça peut paraître long, et en même temps, on doit se projeter sur les 50 prochaines années.
Série “Parc O” – est une série d’articles sur le Parc olympique de Montréal pour observer tous les changements depuis 50 ans et sa transition écologique. À travers cette série de 3 articles, vous pourrez en apprendre davantage avec notre rencontre de Joëlle Brodeur, PDG du Parc olympique, découvrir les étapes du démantèlement de la toiture du Stade olympique et toutes les initiatives d’économie circulaire qui y sont liées.

Entrevue avec Joëlle Brodeur
Sport+Eco : Le Stade olympique s’apprête à tourner une nouvelle page de son histoire, après 50 ans d’existence. Qu’est-ce que ce moment représente pour vous ?
Joëlle Brodeur : “Pour moi c’est un jalon important, c’est un peu le trait d’union entre deux grandes périodes de 50 ans. Ça marque la fin d’une période, celle de la Régie des installations olympiques, pour ouvrir celle de la Société de développement et de mise en valeur du Parc olympique. La mission initiale était de construire des installations pour les Jeux olympiques, et cette partie de la mission a été accomplie en 1976.
Ensuite, la question est devenue : qu’est-ce qu’on fait de ces installations-là ? Ce n’est pas juste du patrimoine bâti, c’est toute une symbolique, mais aussi tout un potentiel récréotouristique. Il fallait leur donner une deuxième vie.”
Sport+Eco : En tant que citoyenne, quel est ton lien avec le Stade olympique et ton poste actuel ?
Joëlle Brodeur : “ Le Parc olympique, c’est un patrimoine collectif depuis sa construction. J’ai grandi avec la mémoire des Jeux, même si je n’étais pas née en 1976. La Tour, le Stade, Nadia Comaneci, ça résonnait encore à l’école. J’ai commencé à travailler au Parc en 2017, avant qu’on devienne une société de développement et de mise en valeur, alors j’ai vécu la transition. Et c’était une source de motivation énorme dans tous mes rôles : comment créer plus de valeur et redonner ça à la collectivité ? ”
Joëlle Brodeur – “Il y a une grande responsabilité, on doit prendre des décisions pour le long terme, pour un legs durable.”
Sport+Eco : Comment concilier l’héritage de 1976 avec la modernité et la durabilité ?
Joëlle Brodeur : “On vient d’adopter un plan stratégique 2025-2028 qui nous prépare à nos trois grands rendez-vous en 2026, 2027 et 2028 : le 50e, la réouverture de la Tour et la réouverture du Stade. Et surtout qui permet de réaliser une transformation profonde.
La grande question de ce changement est : comment transformer ce legs, le réinventer pour les 50 prochaines années ? On travaille en continu sur la revitalisation du parc urbain, le développement économique durable passe par une transformation physique, technologique et commerciale, le maintien de l’accessibilité pour les citoyens, mais aussi la réutilisation des matériaux démantelés.
Le parc reste public, mais il doit devenir un moteur de développement économique, avec des cibles de revenus et de retombées majeures pour le quartier, la ville et le Québec. On a aussi une grande responsabilité envers l’est de Montréal, dont on est la porte d’entrée.
Il y a encore beaucoup à faire dans notre mission de développement, mais l’objectif est de revaloriser un actif durable, tout en préservant l’accessibilité aux citoyens. “
Joëlle Brodeur : “On a une grande responsabilité envers l’est de Montréal, dont on est la porte d’entrée !”

Sport+Eco : 96 % des sites olympiques du Parc olympique sont encore utilisés. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?
Joëlle Brodeur : C’est une immense fierté. Malgré les contraintes liées à la toiture du Stade olympique, le Parc a été très utilisé. Avec la nouvelle mission et les nouveaux projets, on va maintenant pouvoir exploiter le plein potentiel de chaque actif du parc urbain, 365 jours par année : le Stade, la Tour, le Complexe sportif et les Esplanades.
Sport+Eco : Comment le Parc va-t-il marquer les 50 ans des Jeux de Montréal ?
Joëlle Brodeur : “À la fin 2025, il y a eu le lancement de la campagne Montréal Olympique avec plusieurs partenaires. Il y aura des initiatives tout au long de l’année 2026 qui vont être ajoutées au calendrier de programmation, avec un événement de plus grande envergure à la date anniversaire de clôture des jeux. Ça touche autant le côté sportif, culturel, communautaire.
Un de mes projets coup de cœur, à la croisée entre le côté commémoratif des jeux, l’art public, qui est un aspect qui me touche beaucoup personnellement, et l’écoresponsabilité, c’est la création de deux œuvres d’art public à partir des matériaux de la toiture du Stade, sélectionnées à l’issue d’un partenariat avec le Conseil des arts et des lettres du Québec. Ce seront des œuvres permanentes, qui seront inaugurées lors des célébrations du 50e anniversaire.”
La programmation est disponible ici – lien : montrealolympique.ca

Sport+Eco : Quelle place occupera le Stade olympique dans le futur du sport et de la culture ?
Joëlle Brodeur : “Le Stade olympique a une identité propre, c’est un très grand stade, plus de 55 000 places, et c’est un stade public.
Nous travaillons pour que ça devienne un stade multifonctionnel qui répond aux standards contemporains, un incontournable des événements à grand déploiement. On parle de grands spectacles, d’évènements culturels et de grands rendez-vous sportifs. On vise en priorité ces segments de marché, mais aussi la modularité, ce qui est clé pour l’expérience client. C’est un défi avec un grand stade de créer la même ambiance avec des évènements demi-stade, mais il existe de belles solutions de configuration.
L’expérience client est la boussole qui guide toutes nos décisions, que ce soit au niveau du développement ou des stratégies d’exploitation.”
Sport+Eco : Comment l’environnement et l’écoresponsabilité guident-ils vos décisions ?
Joëlle Brodeur : La priorité est de prolonger la durée de vie des infrastructures, de les transformer. Ensuite, on travaille sur l’efficience opérationnelle et énergétique.
Le Parc olympique est producteur d’énergie grâce à sa centrale thermique et a réalisé un grand projet d’amélioration écoénergétique en 2017-2018, en collaboration avec Hydro-Québec, et pour lequel le Parc a remporté plusieurs prix.
Parmi les autres initiatives écoresponsables sur lesquelles nous travaillons, au-delà de la revalorisation des matériaux issus du projet de remplacement de la toiture du Stade, il y a par exemple des partenariats locaux visant à réduire notre consommation en énergie, la mutualisation de services, la promotion de la mobilité durable avec BIXI, et le verdissement du site. Même l’intégration d’un projet d’hôtel sur le site du Quartier olympique, qui est pleinement connecté au transport collectif, inclut la transformation de stationnements en espaces verts connectés à l’espace citoyen Vert-Viau, à côté du métro Pie-IX.
Dans notre développement, on est responsable de contribuer à exercer un leadership durable dans notre écosystème.
Sport+Eco en parlait dans le premier article de la série « Stade O » – Série “Stade O” #1 – Un grand Stade, de grandes responsabilités – Sport+Eco

Sport+Eco : Le projet de remplacement de la toiture du Stade s’inscrit-il dans cette logique durable ?
Joëlle Brodeur : Absolument. La toiture était en fin de vie utile. Il fallait un concept durable, éprouvé, qui fonctionne pour les 50 prochaines années.
Conclusion
Au fil de notre discussion avec Joëlle Brodeur, une chose ressort clairement : le Stade olympique n’est pas simplement un bâtiment à moderniser, mais un levier de développement économique durable et une responsabilité envers les citoyens. Entre héritage collectif et vision à long terme, elle porte une conviction forte : une infrastructure aussi symbolique ne peut pas être pensée uniquement en termes d’exploitation, mais également en termes de legs environnemental et social.
Le Stade olympique n’est plus seulement un héritage du passé mais bien un modèle d’infrastructure pour l’avenir du sport.
À l’heure où les villes hésitent entre démolition et réhabilitation de leurs grandes infrastructures, Montréal montre qu’une autre voie est possible : donner une seconde vie à un héritage des Jeux olympiques d’été. Le Parc olympique transforme un symbole controversé en un actif durable pour les générations futures.


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