
La saison des courses sur route est officiellement lancée et le Semi-marathon de Paris a marqué un tournant. Avec son fort engagement pour l’environnement ils ont supprimé les gobelets au ravitaillement. C’est une première dans l’histoire de la course à pied sur route, dans un semi, où près de 50 000 coureurs se sont élancés dans la capitale française. Et si nos modèles d’hydratation sur route étaient déjà dépassés ?
Quelle est la valeur de l’eau ?
Le 22 mars marquait la journée internationale de l’eau. C’est une ressource essentielle à la pratique sportive mais souvent invisible dans l’organisation des événements sportifs.
Dans les efforts, toujours plus importants, de l’industrie à réduire son empreinte environnementale, le sujet de l’utilisation de l’eau fait souvent débat dans l’organisation d’événements sportifs mais aussi dans la consommation que nous en faisons au quotidien.
Au Canada, l’eau est “gratuite”, c’est-à-dire que nous n’avons pas de facture mensuelle pour en disposer. Est-ce une raison pour la gaspiller ou la considérer comme illimitée ?
Le Canada est souvent décrit comme un pays de l’eau avec tous nos lacs, mais nous disposons de 3% des ressources en eau douce du monde, selon des données de la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) et de la World Bank. Est-ce que ça veut dire qu’on est un pays d’eau infinie ? Si toute l’eau douce de la planète tenait dans 100 bouteilles, le Canada en aurait que 3. Donc il faut la préserver.
Le modèle actuel n’est plus viable, il faut le repenser. Vos événements sont des laboratoires à grandeur nature, il faut tester et mesurer. La popularité de vos événements et ce que vous mettez en place aujourd’hui influencent directement les comportements de milliers de participants. Les événements sportifs ont un rôle clé à jouer.
L’eau n’est pas infinie même au Canada.

Révolution lors du Semi-marathon de Paris – Une rupture majeure dans la course sur route
Le 8 mars, lors de la course du semi-marathon de Paris, le semi le plus populaire du circuit bouleverse les ravaillements de course sur route en supprimant les gobelets et les bouteilles en plastique. Un engagement très audacieux qui ne date pas d’hier, en 2025 ASO (Amaury Sport Organisation) avait déjà retiré les gobelets en plastique pour en carton.
Selon le comité organisateur “Le port de flasques, de sacs d’hydratation ou de gobelets réutilisables était conseillé… des fontaines en libre-service et douchettes gérées par les bénévoles pour remplir les contenants.”
Une surprise pour tous les participants et surtout un changement radical sur la stratégie d’apport hydrique des coureurs et coureuses. Les avis sont très mitigés, récupérés sur les médias sociaux :
- “Les robinets ouverts pendant 5h pour rafraichir les coureurs…”
- “Chaussure et tee-shirt mouillé. pas agréable”
- “Bah du coup, il y a des litres d’eau gaspillés, non ? “
- “C’était top : propre, pas de montagnes de gobelets partout”
- “Les jets sont trop puissants pour remplir les gourdes… remplies à la moitié…”
- “Les coureurs rapides seront les plus pénalisés…au niveau chrono…”
C’était une phase de test, l’organisateur veut reproduire cette stratégie de ravitaillement sur la distance reine du marathon (42,195 km) lors du Marathon de Paris Schneider. Nous saluons la prise de risque et la mise en œuvre d’un ravitaillement de ce type sur une course de route, mais nous mettons une réserve quant à l’application d’un tel système sur une distance aussi longue. La portion de personnes suffisamment préparées ou équipées pour s’hydrater correctement dans une distance aussi longue nous paraît trop faible pour assurer la sécurité de toutes et tous.
De plus, il semblerait que la pression des jets ne soit pas optimale pour remplir les flasques, ce qui entraîne une perte d’eau très importante.
Mon expérience lors du 21K de Montréal
James Guilbaud a utilisé un gobelet souple réutilisable lors de ces passages sur les ravitaillements afin d’éviter de prendre les gobelets en carton (recyclable). C’était la première fois qu’il utilisait un gobelet souple sur une course sur route, alors qu’il en a l’habitude dans les trail. L’expérience fut très bonne sans perdre trop de temps pour son niveau de course à pied. Pour cette course avec ce système et le ramassage de déchets sur le parcours, il a mis 1 h 31. Ce type de solution est viable, à condition d’être préparé et d’anticiper.
Lire l’article pour découvrir les autres initiatives de l’organisateur Courons Mtl – Au cœur de… la course du 21k de Montréal. – Sport+Eco

Le trail a déjà une longueur d’avance
Le service libre lors des ravitaillements dans le trail est une pratique très commune et surtout obligatoire dans ces régions reculées. Les courses de trail se font hors des villes dans des sentiers très difficiles d’accès et donc les ravitos sont souvent de fortune et en libre-service.
Dans ces conditions, les coureurs portent eux-mêmes leurs flasques ou sacs d’hydratation et leur nourriture. Il est très acceptable pour un traileur de prendre du temps, voire de prendre le temps lors des ravitaillements. Là où les marathons ou semi sont dans la quête du chrono, sans s’arrêter.
Une pratique très facile surtout que les coureurs sont souvent autonomes sur les 10 premiers kilomètres, donc le groupe a tendance à se séparer et se diluer naturellement, limitant l’accumulation de coureurs dans les ravitaillements qui sont très espacés.
Le ravitaillement fait partie intégrante de la stratégie de sa course des traileurs.
Lire article – Au cœur de…l’Ultra-Trail Harricana : sport et durabilité au cœur de Charlevoix – Sport+Eco
Le vrai défi : sécurité vs durabilité
Les organisateurs d’événement de course doivent garantir, gratuitement, l’hydratation et la sécurité des participants, en fonction de la distance parcourue et des conditions. C’est un défi très sérieux qui se doit de fournir de l’eau tout en s’alignant avec ces priorités environnementales. Comment garantir une hydratation suffisante sans gaspiller d’eau ou utiliser des déchets à usage unique? Comment approvisionner l’eau ? Est-ce qu’il y a un accès à l’eau publique proche de la zone de ravitaillement? Qui va donner l’eau?
Le modèle actuel pose problème car il favorise l’usage de conteneurs en plastique à usage unique et ces contenants sont massivement jetés hors zone et se retrouvent dans la nature. Avec la popularité de ce genre de course, il y a de plus en plus de personnes qui essayent ce format sans avoir de stratégie ou d’entrainement très poussé. Il est donc crucial de fournir ce minimum vital pour les participants et pour leur sécurité. Selon l’organisation, plus du tiers des inscrits participait à un premier semi-marathon.
La sécurité des athlétes
De plus les conditions météorologiques ne jouent pas en faveur des coureurs qui se voient courir sous des chaleurs toujours plus élevées et frôlant les 28 degrés, seuil au-delà duquel une compétition de ce format devrait être annulée.
Le risque :
- Mauvaise gestion de l’effort
- Oubli de s’hydrater
- Déshydratation
Ce risque est amplifié par des températures en hausse, pouvant atteindre ou dépasser 28°C, étant le seuil critique pour ce type d’épreuve à haute intensité.
L’enjeu n’est pas de supprimer l’eau, mais de mieux la distribuer. La priorité est de garantir la sécurité hydrique des participants.
Quid des coureurs d’élite?
Devons-nous adopter les mêmes mesures ? Les coureurs d’élite sont une infime partie des coureurs prenant le départ de votre course et si vous avez uniquement des athlètes professionnels et d’élite, il est crucial de leur fournir un système d’hydratation plus protocolaire et notamment sujet à des contrôles antidopage. Il est primordial de conserver des bouteilles scellées pour les athlètes élites.
Après réflexion selon les organisateurs, « une extension du système de bidons élites pour les coureurs visant un temps inférieur à 2h50 » sera conservée.
Dans le cadre de courses sur route sanctionnées par World Athletics (10 km, demi‑marathon, marathon) si un athlète reçoit de l’eau en dehors des stations d’eau officielles, ça peut entraîner une disqualification.

Comment faire un ravito durable ?
Avec toutes ces observations, quelles sont les bonnes choses à mettre en place pour garantir un ravitaillement optimal et durable ?
- Déployer plus de bénévole
- Augmenter le nombre de points d’eau tous les 2km à 2,5km
- Proposer des fontaines en libre-service, avec un poussoir
- Faire remplir les contenant par les bénévoles
- Tester le concept avant de le généraliser
- Bien communiquer sur vos nouvelles initiatives, pour que le participant ne soit pas pris au dépourvu
En plus des mesures de réduction de l’utilisation de l’eau et de l’usage de produits à usage unique (plastique ou autres matériaux) ils ont innover leur pratique dans le ravitaillement, pour limiter les déchets, avec notamment, selon le site d’ASO :
- “Les denrées des ravitaillements sont distribuées sans emballage,
- Les bananes sont pré-épluchées pour faciliter leur valorisation.
Sur chaque point de ravitaillement, des bacs de tri sont à votre disposition pour jeter vos gels et autres déchets.”
Aller plus loin dans la préservation de l’eau
Au-delà du ravitaillement, il faut repenser l’usage de l’eau dans la globalité de l’événement :
- Autoriser et inviter les spectateurs à ramener leur gourde d’eau
- Mettre à la disposition des bornes d’eau
- Améliorer les installations sportives avec des systèmes de récupération des eaux usées
- L’arrosage des terrains grâce à de l’eau de pluie
- L’utilisation de revêtements de sol qui gardent mieux l’eau et qui sont moins poreux, notamment dans l’équitation,
- Réutiliser la neige formée sur la glace par les zambonies, afin de la réutiliser dans la machine au lieu de la vidanger.
Quelques exemples applicables au Canada :
- Le CF Vancouver a réduit son empreinte carbone en installant trois distributeurs Vivreau Extra I-Tap dans son centre d’entraînement et ses bureaux. Une élimination de 10 000 bouteilles en plastique par an. – Lire l’article – Le soccer canadien avance vers un modèle plus durable : l’exemple Whitecaps FC & BC Place – Sport+Eco
- Le marathon Beneva de Montréal donne des verres réutilisables à la fin de la course pour hydrater les coureurs. Une boîte de récupération est disposée dans la zone des finissants.
- En 2010, le site de curling de Hillcrest, utilisé lors des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver, a mis en place un système intégré de gestion de l’eau permettant de capter à la fois les eaux de pluie et les eaux souterraines sur place. Cette eau non potable est stockée dans une citerne puis réutilisée pour l’alimentation des toilettes et l’irrigation, réduisant ainsi la consommation d’eau potable d’environ 30 %. – Lire l’article – Vancouver 2010 – les premiers jeux d’hiver face au climat – Sport+Eco
Conclusion : Les organisateurs d’événements sportifs ont le pouvoir de changer les choses.
Est-ce que les marathoniens sont prêts à perdre des secondes pour le ravito ? Est-ce que l’utilisation des gobelets est plus écologique que le gaspillage d’eau ? Ces questions sont légitimes dans ce contexte.
Ces choix stratégiques pour les organisateurs ne sont pas nouveaux et s’inscrivent dans une dynamique de plus en plus importante de vouloir réduire l’impact environnemental des grands événements sportifs. On dit souvent qu’il est mieux de réduire à la source pour limiter la production de déchets. C’est aussi une manière d’engager les participants.
Nous validons l’audace d’une action pour diminuer l’empreinte carbone d’un événement sportif de cette ampleur. Oui, ces décisions comportent des risques et peuvent froisser. Mais sans prise de décision, rien ne changera.
Ceci dit, l’autonomie des coureurs sur leur stratégie hydrique est acceptable sur une courte distance comme le semi-marathon, mais nous craignons que cette stratégie sur un marathon pourrait avoir des conséquences plus lourdes sur les participants. Ils pourraient manquer d’hydratation et donc de lucidité pour finalement causer de nombreux DNF. N’oublions pas que les initiatives écoresponsables ne doivent pas dépendre de la santé ou de la sécurité des athlètes. De plus, l’eau est une denrée qui devient de plus en plus vulnérable. Au final, est-ce que les gobelets permettent une meilleure gestion de l’eau ?
Il est difficile de changer les habitudes, mais pensez qu’il y a moins de 10 ans on donnait encore des bouteilles et maintenant on trouve ça impensable.
Vos événements sont des laboratoires grandeur nature qu’il faut utiliser pour assurer un sport plus résilient.
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