
Les Jeux d’hiver sont-ils condamnés par le climat ?
Avec seulement 10 pays pouvant encore accueillir les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver d’ici 2040, selon le Comité international olympique (CIO), il nous semble important d’observer ce qui se fait de mieux pour s’adapter et préserver nos sports d’hiver. Les Jeux d’hiver 2026 seraient les plus durables des jeux d’hiver, avec un programme très ambitieux. Le comité organisateur promet des jeux 100% écoresponsables. Pour la première fois, la consommation d’eau et la mesure de l’empreinte hydrique seront au cœur des opérations. Comment font-ils faire ?
Après les Jeux de Vancouver 2010 et les Jeux de Paris 2024, les 2 références en termes de jeux écoresponsables, le CIO a beaucoup d’attente des Jeux d’hiver 2026.
Surtout que les conditions météorologiques sont trop aléatoires, les compétitions dépendent trop des canons à neige et il y a une diminution importante des candidatures. Les Jeux d’hiver sont devenus l’un des événements sportifs majeurs les plus menacés par le réchauffement climatique.
D’après Ouranos, au Canada les saisons deviennent plus courtes et incertaines, car d’ici 2050, il y aura environ 4 jours sans neige supplémentaires par année.
Les Jeux d’hiver ne peuvent pas être “neutres” ou « 100% écoresponsables” sans s’adapter au changement climatique et sans réduire leur impact.
Quel est l’avenir des jeux d’hiver ?
Les sports d’hiver sont toujours en première ligne face au réchauffement climatique. Les jours de pratique sportive diminuent tous les ans, les comités organisateurs craignent les annulations causées par le manque de neige, l’utilisation des canons à neige est devenue trop importante… Ces bouleversements dans le sport hivernal rendent la pratique difficile notamment dans des conditions optimales, ce qui rend les sports encore plus vulnérables.
Selon le CIO, les villes pouvant encore accueillir les jeux d’hiver en 2050 sont réduites à 9 dont 2 au Canada, selon le scénario optimiste avec un réchauffement limité à 1,5 °C. Vancouver avec Whistler qui avait déjà accueilli les Jeux en 2010 et Calgary. Si la tendance actuelle se maintient, le nombre de villes descendra à 4, sans aucune ville canadienne.
Lors d’un précédent article, Sport+Eco interrogeait Marion Thénault, olympienne en ski acrobatique et en marge des Jeux de Milan-Cortina en 2026, sur comment elle voyait des sports d’hiver. La réponse de Marion est sans précédent :
« Je ne pense pas qu’on va pouvoir avoir des jeux d’hiver dans 20 ans, 25 ans ou 30 ans. Ça prend tellement de ressources pour créer cette neige-là. Beijing était entièrement sur l’énergie artificielle. La quantité d’énergie nécessaire pour faire ça, elle est complètement astronomique. » – Marion Thénault
Lire l’article sur Marion : https://sportpluseco.com/2025/12/15/marion-thenault-la-premiere-olympienne-carboneutre-du-canada/
Marion n’est pas la seule voix d’athlète à se faire entendre sur les bonnes pratiques à adopter et l’état d’urgence du sport hivernal. Le mouvement Protect Our Winter et 77 athlètes canadiens, olympiens et paralympiens ont publié une lettre ouverte destinée au premier ministre Mark Carney en lui demandant de garder l’urgence climatique parmi les priorités du gouvernement canadien.
“Nous ressentons directement les effets des changements climatiques lors de nos entraînements et compétitions, avec des répercussions qui compromettent notre capacité à performer, et même à compétitionner en toute sécurité, tant au Canada qu’à l’international “ – passage de la lettre de POW
Lire l’article sur POW : https://sportpluseco.com/2025/11/17/comment-les-athletes-canadiens-defendent-lavenir-du-sport-face-au-changement-climatique/
Les Jeux d’hiver les plus écoresponsables – Milan-Cortina 2026 ?
Entre la mobilité et la consommation d’eau les Jeux d’hiver de Milan-Cortina sont un exemple en termes d’écoresponsabilité. Le comité organisateur est très engagé et il a dévoilé des initiatives très ambitieuses qui pourront avoir un impact très positif sur ces jeux et ceux à venir. Chaque événement est une opportunité d’évoluer et d’améliorer les pratiques pour un sport résilient. La forte médiatisation avec la mobilisation des athlètes et des spectateurs offre une vitrine idéale pour parler des enjeux et souligner les solutions.
La consommation d’eau et neige artificielle
Pour la première fois dans l’histoire des jeux la consommation d’eau va être surveillée, analysée et intégrée dans la mesure de l’empreinte hydrique. Ce sont les premiers jeux à se soucier réellement de la consommation d’eau. Les ressources d’eau dans les zones alpines restent un défi important et un sujet très sensible.
Selon le rapport de comité organisateur, ils vont mettre en œuvre un système de quantification de la consommation d’eau associée à l’ensemble du cycle d’utilisation de l’événement (y compris la production de neige technique et la préparation des patinoires, en s’appuyant sur la norme internationale ISO 14046)
Le comité organisateur a développé une méthodologie de calcul de la consommation d’eau non seulement sur la planification et les infrastructures, mais aussi sur les usages directs de la production de neige, l’entretien des sites, l’hébergement ou les transports sur site.
Pour ce faire, ils misent sur des systèmes ingénieux pour produire et réduire la production de neige artificielle. Comment ? L’un des plus grands défis des sports d’hiver, dans ce contexte de réchauffement climatique et de diminution du manteau neigeux, est d’offrir une piste de compétition performante en diminuant l’utilisation des canons à neige.
- Réservoirs d’eau en altitude : projet de grands réservoirs de 200 000 m3 à plus de 2 500 m d’altitude. Cela permet de stocker l’eau et de réduire la perte énergétique liée au pompage. Les pompes à haute pression sont très énergivores en électricité.
- Optimisation gravitationnelle : Grâce aux réservoirs en altitude ils utilisent la gravité pour acheminer l’eau vers les canons à neige, réduisant l’utilisation des pompes à haute pression.
- Efficacité des canons modernes : acquisition de la technologie TechnoAlpin pour produire de la neige à des températures plus élevées.

Les infrastructures
L’organisateur va utiliser 90% des sites déjà existants, comme Anterselva (biathlon), le Val di Fiemme (ski nordique) ou encore Cortina d’Ampezzo et Bormio pour le ski alpin.
Certes, ce seront les Jeux les plus étalés de l’histoire sur 22 000 km, mais ils utilisent tous les sites possibles sans devoir construire, ce qui représente une économie astronomique mais également laisse une empreinte carbone bien plus positive. Cela permettra aussi de lisser le nombre de visiteurs sur tous les sites et d’éviter les déplacements des athlètes d’un site à l’autre car ils seront tous logés sur leur site de compétition. Pour limiter l’impact environnemental, il faudra choisir un “cluster” et y rester ». Un avantage considérable pour les économies locales qui bénéficieront de cet achalandage.
Dans le cadre du leg de ces Jeux d’hiver, le village olympique proche de Milan deviendra une résidence pour étudiants, un réel manque dans la ville.
Le CIO exige que les villes hôtes des jeux d’été ou d’hiver ne construisent plus d’installation, ou du moins aient un pourcentage plus restreint selon les besoins. Ainsi, cela devient un héritage concret et fort des jeux.
« Nous n’avons pas construit les Jeux sur le territoire, mais nous sommes partis de ce que le territoire nous donnait pour les construire », affirme Diana Bianchedi, chargée des questions environnementales et d’héritage au sein du comité d’organisation Milan-Cortina 2026.
La mobilité
Comme mentionné, les Jeux Milan-Cortina seront éclatés géographiquement sur six (6) sites différents dans un paysage très montagneux et difficile d’accès en voiture. C’est pour cela que le gouvernement a alloué une importante partie du budget au développement des transports publics, notamment du réseau ferroviaire, afin de faciliter les déplacements entre les différents sites. Les trains régionaux Trenord vont augmenter leur flotte de 208 nouveaux trains. Un héritage très avantageux pour les locaux qui voient grandement améliorée leur mobilité après les Jeux.
Autres engagements
Les initiatives du comité ne se limitent pas à ce que nous venons de voir et il y a d’autres solutions clés qui permettront de réduire ses GES estimés à 1 million de tonnes de CO2.
- Engagé à utiliser une alimentation énergétique 100 % renouvelable
- Détournement des déchets de l’enfouissement grâce au tri de 70% des déchets générés sur les sites de compétitions, 80% du recyclage des emballages de contenus et 100% de valorisation des résidus organiques, notamment en redistribuant l’intégralité des surplus à des organismes caritatifs locaux et limiter le gaspillage.
- Économie circulaire, plus de 20 000 équipements issus des Jeux de Paris ont aussi été rachetés.

Vancouver 2010 la référence en durabilité
On pourrait se demander quand a commencé cette prise de conscience et surtout cette prise d’action pour des Jeux d’hiver plus écoresponsables. Les Jeux de Vancouver 2010 sont souvent cités comme référence en matière de durabilité et d’héritage social des événements sportifs majeurs d’hiver. Ces jeux auraient encore une influence sur les prochains.
Dès la phase de candidature Vancouver et Whistler avaient intégré la durabilité au cœur de leur vision des Jeux. Pour le VANOC, c’était un engagement fort et réel qui accompagnait toutes les prises de décision. VANOC a réussi à exploiter la durabilité comme levier d’héritage
“La ville a aussi établi de nouvelles normes en matière d’héritages sportif, environnemental et social. Dix ans après, ces héritages continuent de profiter aux habitants de Vancouver et même au-delà”, a déclaré le membre du CIO et présidente du comité Olympique Canadien Tricia Smith.
Héritage mobilité
Grâce à un programme ambitieux de mobilité, 80 % des déplacements des spectateurs vers les sites olympiques se sont faits en transport collectif, à vélo ou à pied. Il s’agit du taux de déplacements durables le plus élevé jamais atteint pour un événement au centre-ville de Vancouver.
Pour les Jeux de 2010, le gouvernement a mis en place la « Canada Line » qui continue de transporter les personnes de l’aéroport au centre-ville. Le programme prévoyait aussi 48 nouveaux wagons du Sky train, un nouveau sea-bus et 18 bus hybrides diesel-électriques.
De plus, l’autoroute Sea to Sky de Vancouver à Whistler a été significativement améliorée, rendant cet axe plus sécuritaire et rapide.
Héritage infrastructures
Au-delà de la longévité et l’utilisation de toutes les installations même après plus de 15 ans, elles ont toutes une particularité. Ce qui les rend aussi durables et exemplaires, c’est un système innovant en durabilité, permettant de réduire la consommation d’énergie et d’eau. Les installations peuvent récupérer les eaux usées et l’eau de pluie pour irriguer les aménagements verts.
- Le village olympique de Whistler était déjà une prouesse de technologie en durabilité en 2010 car la bâtisse était chauffée à 70% par de l’énergie provenant de systèmes de récupération de chaleur résiduelle, notamment des eaux usées.
Au-delà de cette innovation, le village a bénéficié d’une seconde vie et il est devenu un exemple d’intégration sociale. Plus de 156 logements ont été aménagés pour des personnes âgées, des ménages à faible revenu et des personnes en situation d’itinérance.
- L’ovale olympique de Richmond où s’est déroulé le patinage de vitesse durant les Jeux 2010 a été transformé en complexe ouvert au grand public avec une piste couverte, deux patinoires et un espace pouvant accueillir plusieurs courts de sport, sans oublier un centre de remise en forme de 215 mètres carrés.
« 15 comités nationaux olympiques (CNO) répartis sur trois continents disposent actuellement d’au moins 80 % des installations requises pour les Jeux d’hiver », a expliqué Thomas Bach à la presse.

Et le ski au Québec?
La plus récente étude à ce sujet a été réalisée par Ouranos et l’association des stations de ski du Québec en 2024, où ils lèvent le voile sur l’avenir de nos stations de ski face aux changements climatiques. Le sujet avait aussi été traité dans un article en collaboration avec Global Sustainable Sport (Mike Laflin).
- Hausse des coûts : des investissements massifs sont nécessaires pour maintenir les pistes opérationnelles (canons à neige, main-d’œuvre).
- Disparition de stations de ski : 20 à 30 % des domaines skiables pourraient disparaître.
- Baisse de la fréquentation : une diminution estimée à 10 %, aggravée par l’imprévisibilité de l’enneigement.
- Réduction du nombre de jours de patinage : le patinage extérieur, qui comptait environ 55 jours en 2010, pourrait tomber à seulement 10 à 15 jours.
- Impact sur les athlètes : des opportunités d’entraînement limitées et une adaptation plus difficile aux compétitions.
- Annulations d’événements : notamment la Coupe du monde de snowboard cross 2023 (Mont-Sainte-Anne) et la Coupe du monde de ski 2024 (Mont-Tremblant).
- Augmentation des risques d’inondation : le gel des sols et la saturation des nappes phréatiques créent de nouveaux défis.
Au Québec nous ne disposons pas de montagnes très élevées ni de sommets en haute altitude, nous bénéficions en revanche de longues périodes de températures basses. Celles-ci assurent un enneigement abondant de nos collines et vallées pendant de nombreux mois de l’année. Ceci-dit depuis plusieurs années, les précipitations sont de moins en moins stables provoquants des annulations d’événements régulières par manquant de neige ou de conditions favorables. Ces bouleversements climatiques ont pour effet de raccourcir les saisons de sports d’hiver, ce qui apporte de réels défis pour les stations et les organisateurs d’événements sportifs.
Les jeux d’hiver, un laboratoire de transition écologique ?
Les jours de pratique sportive fondent comme neige au soleil. Les Jeux d’hiver ne survivront que s’ils deviennent des outils d’adaptation climatique.
Nous pouvons nous vanter que les Jeux d’hiver de Vancouver sont les pionniers en matière de durabilité dans l’événementiel sportif d’hiver. Une référence qui a laissé un fort impact.
Dans ce contexte on parle plus d’adaptation au changement climatique face aux défis rencontrés. D’où la menace qui pèse sur les Jeux chaque année. Chacune des 10 destinations qui pourront recevoir les jeux devront s’adapter à leurs conditions et trouver les solutions qui auront le plus de sens dans la réalité du leur environnement. Les deux modèles que nous venons de voir ne sont pas parfaits, mais la volonté de croire en leurs initiatives pour faire une vraie différence et créer un héritage est plus forte.
Le CIO encourage la réutilisation des sites déjà existants et leur reconversion une fois les Jeux terminés pour un héritage fort et réduire les émissions de CO2 des villes hôtes.
Les Jeux d’hiver ne disparaissent pas, ils se transforment.


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