Épreuve de bobsleigh pendant les Jeux de Vancouver 2010, à Whistler.

Les Jeux de Vancouver 2010 sont souvent cités comme une référence en matière de durabilité et d’héritage des Jeux olympiques d’hiver. Pourtant, ces Jeux ont aussi été les premiers à révéler, de manière brutale et inédite à l’époque, la vulnérabilité des sports d’hiver face au dérèglement climatique. 

À l’époque, le climat n’était pas encore perçu comme une menace structurelle pour les comités organisateurs. Et pourtant, en 2010, le manque de neige naturelle, les températures anormalement élevées et les pluies répétées ont profondément bouleversé la logistique des Jeux de Vancouver. 

Drôle de coïncidence ? Pas vraiment. Avec le recul, Vancouver 2010 marque un tournant pour les jeux d’hiver en entrant dans l’ère de l’adaptation climatique.

Le début de la vulnérabilité des jeux d’hiver 

D’où vient cette prise de conscience ?

En 2010, la ville de Vancouver n’avait jamais connu un hiver aussi doux depuis 1937, selon Météomédia. Une météo capricieuse qui n’était pas favorable aux Jeux olympiques d’hiver 2010.

Ce fort redoux anormal pour la saison a forcé le comité organisateur (VANOC) à prendre des décisions urgentes pour s’assurer d’avoir des pistes viables et sécuritaires pour les épreuves.  

C’est dans ce contexte que les organisateurs ont dû récupérer et transporter de la neige des montagnes de la région, par camion et même par hélicoptère, notamment pour la montage Cypress. Quand il y avait besoin de plus de neige, elle était importée par camion depuis le parc Manning. 

Nous pensons que cette édition a été un réel tournant sur la prise de conscience de l’industrie du sport, sur sa vulnérabilité. Ça a aussi été le début des critiques sur l’impact des événements majeurs et des “lobbyings”. En effet, ce sont les premiers Jeux où la neige artificielle a joué un rôle vital pour pallier le manque de neige naturelle, un signe précurseur du dérèglement climatique. En 2010, on parlait aussi d’annulation de l’hiver à cause d’El Niño, avec 6 semaines de pluie avant le début des Jeux. 

Selon Tim Gayda, vice-président du sport, Comité organisateur des Jeux de Vancouver 2010 – “Nous avions énormément de neige le 31 décembre, tout allait bien. Mais le 1er janvier, la température a grimpé à 5 degrés Celsius et il a plu pendant 6 semaines consécutives.”

Les organisateurs ont dû se démener pour réussir à tenir les épreuves de ski acrobatique et de snowboard à Cypress Mountain, après qu’un temps anormalement doux et de la pluie eurent fait fondre toute la neige au cours du mois précédant le début des Jeux olympiques de 2010. (La Presse canadienne)

Quelle est la différence entre les jeux de 2010 et 2026? 

À première vue, les Jeux d’hiver de 2010 et ceux de 2026 semblent similaires du fait du manque de neige naturelle, des températures anormalement hautes, du manque de conditions suffisantes pour les compétitions et du recours à la neige artificielle.

Mais cette ressemblance est trompeuse.

En 2010, le comité faisait face à une nouveauté et une situation très inédite. Cet hiver très doux a grandement bouleversé la logistique et les calendriers des compétitions, un scénario qui n’était pas prévu par le comité. Ces prises de décision et ajustements, en urgence, étaient lourdes de conséquences et ils avaient un impact fort sur son empreinte carbone.  

Là où en 2026, le contexte est fondamentalement différent. La vulnérabilité des sports d’hiver à cause des conditions météorologiques très instables est devenue une réalité et un enjeu annuel. Le comité organisateur évolue dans un environnement instable depuis plusieurs années. Il bénéficie de l’expertise des comités précédents et d’une analyse des risques intégrée à leur stratégie, ce qui orientera de manière positive les prises de décisions.  

Le comité organisateur de Milan-Cortina bénéficie ainsi de plus de quinze années de retours d’expérience, d’outils de mesure plus précis et de standards internationaux plus exigeants. Ces connaissances permettent d’anticiper et de limiter certains impacts environnementaux.

Que pouvons-nous apprendre de ces Jeux? 

Dès la phase de candidature Vancouver et Whistler avaient intégré la durabilité au cœur de leur vision des Jeux. Pour le VANOC, c’était un engagement fort et réel qui accompagnait toutes les prises de décision. VANOC  a réussi à exploiter la durabilité comme levier d’héritage 

“La ville a aussi établi de nouvelles normes en matière d’héritages sportifs, environnementaux et sociaux. Dix ans après, ces héritages continuent de profiter aux habitants de Vancouver et même au-delà”, a déclaré le membre du CIO et présidente du comité Olympique Canadien Tricia Smith.

Héritage mobilité 

Grâce à un programme ambitieux de mobilité, 80 % des déplacements des spectateurs vers les sites olympiques se sont faits en transport collectif, à vélo ou à pied. Il s’agit du taux de déplacements durables le plus élevé jamais atteint pour un événement au centre-ville de Vancouver.

Pour les Jeux de 2010, le gouvernement a mis en place la « Canada Line » qui continue de transporter les personnes de l’aéroport au centre-ville. Le programme prévoyait aussi 48 nouveaux wagons du Sky train, un nouveau sea-bus et 18 bus hybrides diesel-électriques. 

De plus, l’autoroute Sea to Sky de Vancouver à Whistler a été significativement améliorée, rendant cet axe plus sécuritaire et rapide. 

Héritage infrastructures 

Au-delà de la longévité et l’utilisation de toutes les installations même après plus de 15 ans, elles ont toutes une particularité. Ce qui les rend aussi durables et exemplaires, c’est un système innovant en durabilité, permettant de réduire la consommation d’énergie et d’eau. Les installations peuvent récupérer les eaux usées et l’eau de pluie pour irriguer les aménagements verts. 

Le village olympique de Whistler était déjà une prouesse de technologie en durabilité en 2010 car la bâtisse était chauffée à 70% par de l’énergie provenant de systèmes de récupération de chaleur résiduelle, notamment des eaux usées.

Au-delà de cette innovation, le village a bénéficié d’une seconde vie et il est devenu un exemple d’intégration sociale. Plus de 156 logements ont été aménagés pour des personnes âgées, des ménages à faible revenu et des personnes en situation d’itinérance.

L’ovale olympique de Richmond où s’est déroulé le patinage de vitesse durant les Jeux 2010 a été transformé en complexe ouvert au grand public avec une piste couverte, deux patinoires et un espace pouvant accueillir plusieurs courts de sport, sans oublier un centre de remise en forme de 215 mètres carrés.

Village olympique à Whistler pendant les jeux d’hiver de 2010.

Conclusion : Quels jeux d’hiver sont les plus verts?

Les Jeux de Vancouver ont encore une influence sur les prochains. En fixant des standards ambitieux pour l’époque, les Jeux de 2010 ont marqué les Jeux d’hiver de manière importante, pour intégrer la durabilité dans un événement sportif de très grande envergure.

De plus, la prise de conscience sur le climat et son impact potentiel sur la pratique sportive s’est instaurée. 

Là où les Jeux de 2026 s’inscrivent dans un contexte où le climat est devenu l’enjeu numéro un dans l’organisation, voire même l’attribution des Jeux à une ville. Cela se reflète dans des engagements plus forts vers des sources d’énergie renouvelable, l’adhésion à des cadres internationaux et la nécessité d’adaptations techniques (neige artificielle, gestion de l’eau).

Ceci-dit, ce sont deux époques et réalités différentes. Attendons de voir les résultats des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026.

Vaut-il mieux continuer à chercher de nouveaux candidats… ou accepter que l’avenir des JO d’hiver passera par moins de sites, mieux préparés, plus adaptés au climat réel ?

Une réponse à « Vancouver 2010 – les premiers jeux d’hiver face au climat  »

  1. […] En 2010, le site de curling de Hillcrest, utilisé lors des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver, a mis en place un système intégré de gestion de l’eau permettant de capter à la fois les eaux de pluie et les eaux souterraines sur place. Cette eau non potable est stockée dans une citerne puis réutilisée pour l’alimentation des toilettes et l’irrigation, réduisant ainsi la consommation d’eau potable d’environ 30 %. – Lire l’article – Vancouver 2010 – les premiers jeux d’hiver face au climat  – Sport+Eco […]

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