Formula 1 Grand Prix du Canada avec la ville de Montréal en arrière-plan.

La Formule 1 est souvent critiquée pour son impact environnemental, de par la nature du sport. Des voitures ultra-performantes qui roulent à plus de 300 km, ça consomme beaucoup d’énergie ! Pourtant la F1 multiplie les initiatives entre le changement de calendrier et la révolution technologique du système de carburant des voitures, cette période est-elle bientôt révolue? La Formula 1 est-elle devenue un exemple de durabilité ?

Pour la première fois, la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) a changé son calendrier pour une logique plus environnementale. La Formula 1 Grand Prix du Canada s’est déroulée en mai cette année suite au changement de son calendrier, ce qui représente bien plus qu’un simple ajustement de calendrier. C’est certainement la solution la plus efficace et audacieuse pour réduire l’impact d’un événement sportif. La course elle-même ne représente qu’environ 1 % de l’empreinte carbone totale d’un événement de F1.
Qu’est-ce que le Grand Prix du Canada met en place pour réduire son empreinte carbone hors de la course?

Déjà brisons un mythe, il est impossible d’être 100% carboneutre. Dans une conférence de presse, Ellen Jones, responsable de l’ESG, a expliqué que “l’engagement zéro émission nette du Formula One Group a toujours été une réduction minimale de 50 % et non un objectif de zéro émission absolue, car avoir zéro émission signifie que l’événement n’existerait pas.”

Mais on peut mettre des actions pour réduire son impact et préserver ces événements qui nous animent. C’est dans cette lignée que nous allons découvrir les initiatives de la Formula 1 Grand Prix du Canada. 

James Guilbaud chef d’équipe de la brigade verte lors de la Formula 1 Grand Prix du Canada

Pourquoi le changement du calendrier est majeur

Traditionnellement, la Formula 1 Grand Prix du Canada se déroulait en juin, en plein milieu de la saison européenne, juste après le Grand Prix de Miami ! Mais cette année, il a été avancé de près d’un mois.

Cela constitue le plus gros changement réalisé par la Formula 1 dans les dernières années. Ce changement ne transforme pas uniquement le calendrier sportif de la F1. Il a aussi des conséquences majeures pour les villes hôtes, les partenaires, les diffuseurs et l’ensemble de l’écosystème économique qui gravite autour des Grands Prix.
La saison européenne de F1 se déroulera désormais de façon consécutive durant les mois d’été, éliminant une traversée transatlantique supplémentaire au Canada.

Cette modification, mise en place par la Formula 1 dans le cadre de son objectif Net Zero 2030, permettra de réduire les émissions totales de CO₂ de près de 2 719 tonnes, selon le Groupe Course Octane. Ce changement marque une étape majeure vers l’objectif ambitieux de la Formule 1 d’atteindre le zéro émission nette en 2030.

Quels bénéfices sur l’environnement ? (selon la F1)

  • Moins d’émissions liées aux déplacements des spectateurs, une réduction majeure, puisque 70 à 80 % des émissions d’un événement proviennent des déplacements (lignes directrices de la FIA en matière de durabilité).
  • Moins de déplacements pour les équipes, les pilotes et la logistique, réduisant considérablement l’empreinte carbone.
  • Encouragement des modes de transport à faible émission de carbone pour les fans (train, véhicules électriques, covoiturage).
  • Décisions concertées entre la F1 et les gouvernements en faveur de l’environnement.


Le nouveau calendrier rend l’ensemble de la saison plus durable, pas seulement au Canada mais dans l’ensemble du circuit. Le Grand Prix de Monaco est aussi déplacé au début de juin, à la place de celui du Canada, afin de rejoindre le circuit européen. Le Grand Prix du Japon passe au printemps, en cohérence avec les autres épreuves en Asie-Pacifique. Enfin le Grand Prix d’Azerbaïdjan est déplacé à l’automne.

Qu’est-ce qu’il en est des voitures ? Biocarburants ?

Les véhicules ont grandement amélioré leur efficacité avec des moteurs hybrides. Pour ce qui est des voitures de la Formula 1 leur consommation est passée de 75L/100km au début des années 2000 à moins de 40L/100km aujourd’hui. 

Une bonne nouvelle. Mais comment ça fonctionne? 

La F1 utilisera des carburants 100% durables pour les voitures, en 2026. Les voitures sont hybrides car elles auront 2 types de carburant modifiant considérablement la manière dont les pilotes vont conduire et leur stratégie. En effet, ils ont un carburant dit e-carburant basé sur la capture de carbone, combiné à une part électrique. Ils doivent composer avec les deux tout en s’assurant qu’ils ne manquent pas d’énergie durant la course. Un casse-tête nécessaire pour atteindre leur objectif Net carbone 2030

Ce sont des carburants dits « drop-in », c’est-à-dire qu’ils sont conçus pour remplacer les carburants fossiles équivalents sans nécessiter de modification du moteur. Ils peuvent fonctionner dans des voitures de route, et plusieurs démonstrations ont déjà été réalisées sur circuit.

Le processus est très coûteux mais permet à la F1 de ne plus être dépendante d’une énergie fossile et d’utiliser de l’énergie renouvelable. 

Le circuit Gilles-Villeneuve

La F1 : « scope 3 »

Comme mentionné plus haut, la course est responsable que d’1% de l’impact carbone d’un événement de F1. Donc d’ou viennent la principale source d’impact carbone ? Comme la majorité des événements sportifs la principale cause d’émission de carbone est le scope 3.

Le scope 3 a souvent été le grand absent du bilan carbone de la F1. Mais qu’est-ce que le “Scope 3” ?  C’est souvent identifié comme la part la plus importante des émissions d’un événement, de 70% à 90% des émissions

C’est l’un des 3 niveaux d’émissions de gaz établis dans le GHG Protocol (Green House Gas). Il correspond aux autres émissions indirectes, telles que la réalisation du produit ou les émissions liées au transport des salariés, des spectateurs ou des produits.

La moitié des émissions proviennent de la logistique

Selon un rapport d’impact publié par la Formula 1, en 2023, il est indiqué plusieurs éléments sur l’origine des émissions carbone autour des courses de formule 1, nous citons  “seulement 1 % du CO2 émis par l’organisation provient des voitures de course. Le dixième de l’empreinte carbone émane des infrastructures de l’entreprise, 12 % sont le résultat des opérations des événements et 29 % provient des voyages des employés.”

De plus, selon le même rapport, “la logistique, le transport du matériel par camion et par avion, est l’aspect le plus énergivore de la F1, avec 49 % des émissions en 2022.”

Le rapport note que les émissions attribuables à la logistique ont augmenté dans le dernier bilan annuel, en raison notamment de l’ajout de courses au calendrier.

Dans son rapport, la F1 n’a pas comptabilisé les émissions provenant des déplacements des spectateurs lors des événements, de la gestion des matières résiduelles et de l’alimentation.

Le Grand Prix du Canada multiplie les initiatives

À l’échelle d’une course comme celle du Grand Prix du Canada, les initiatives qui ont le plus d’impact sont celles dites indirectes ou de scope 3. C’est-à-dire tous les impacts indirects liés à l’événement mais générés tout au long de la chaîne de valeur, en amont et en aval, comme les déplacements des spectateurs, la gestion des déchets, l’alimentation… Il est souvent très difficile de …

Dans un bilan carbone, ces émissions indirectes sont généralement comptabilisées dans la catégorie niveau 3 (ou scope 3). 

  • Gestion des matières résiduelles;
  • Brigade verte augmentée, pour la deuxième année consécutive, James Guilbaud a été chef de brigade lors du Formula 1 Grand Prix Canada. Près de 50 personnes, dont des étudiants, réparties sur l’ensemble du site afin de sensibiliser et optimiser la gestion des matières résiduelles générées lors de l’événement (ordures, recyclage, compostage). – Au cœur de… l’escouade verte de la Formula 1 Grand Prix du Canada. – Sport+Eco
  • Cette année, dans leur objectif d’augmenter leurs taux de valorisation (taux de matières détournées de l’enfouissement), ils ont mis en place 2 stations de tri sur le site, gérées par la brigade verte. Dans ces stations, les équipes sont chargées de faire le tri des déchets.
  • Équipe des Valoristes, afin d’optimiser la gestion des déchets et d’avoir un meilleur impact social, Les Valoristes, des personnes en réinsertion, avaient pour mission de trier l’ensemble des déchets récoltés lors de l’événement. Une démarche inclusive, qui leur permet de récupérer les consignes des canettes et des bouteilles en plastique. 
  • Des bacs Consignaction sont mis à la disposition des employés et des spectateurs pour la récupération des canettes.
  • Gaspillage alimentaire : sur 3 jours et avec environs 300 000 spectateurs, la Formula 1 Grand Prix du Canada a mis en place un système pour éviter le gaspillage : 
    • 40 000 portions récupérées. Cette collecte a permis de récupérer 12 497 kg de nourriture, soit l’équivalent de 41 656,2 portions, avec la Tablée des Chefs.
  • 68 bornes de recharge d’eau ont été mises à disposition des visiteurs sur l’intégralité du site, pour permettre de remplir des bouteilles réutilisables.
  • Plus de 100 000 verres en aluminium recyclables à l’infini sont utilisés durant le Formula 1 Grand Prix du Canada.
  • Ils demandent à leurs gestionnaires des concessions alimentaires de composter les déchets organiques, de recycler les matériaux recyclables, de réduire la consommation d’eau et la production de déchets. 100% des contenants offerts par les concessions sont compostables.
  • Depuis l’édition 2022, les billets de l’événement sont uniquement disponibles en version électronique.
Une station de tri dans les zones des fans.

Un paddock pensé comme une infrastructure durable

Le Paddock est un bâtiment géré par la société du Parc Jean-Drapeau qui accueille les pit stops de toutes les écuries. C’est probablement l’un des bâtiments les plus écoresponsables de l’île de Montréal :

• Une toiture en bois lamellé-collé et CLT certifiée FSC (1 425 m³ de bois qui séquestrent plus de 1 000 tonnes de CO₂ !)

• Une toiture blanche qui réduit les îlots de chaleur

• Une terrasse végétalisée qui isole naturellement le bâtiment

• 64 m² de panneaux solaires qui produisent 87 600 kWh/an, soit presque toute l’énergie nécessaire au Formula 1 Grand Prix Canada

• Un éclairage 100 % LED 

• Une conception modulaire, locale et primée 

Certifications

Les certifications ne font pas tout mais témoignent d’un réel engagement stratégique des organismes les recevant.  Dans les démarches entreprises par Octane Course dans ses courses de formules ils ont reçu deux certifications dont une indépendante de la Fédération internationale de l’automobile. 

  • Intégré à la certification ISO-14 001 de Bell – Cette certification atteste d’une gestion exemplaire des enjeux environnementaux dans l’organisation des événements.
  • Certifié 3 étoiles de la FIA – Cette reconnaissance internationale, la plus haute distinction octroyée par la FIA en matière de développement durable, vient souligner l’engagement rigoureux d’Octane envers la réduction de son empreinte environnementale, la promotion de pratiques responsables et l’atteinte des standards les plus élevés en matière de durabilité dans le sport automobile.

La F1 peut-elle vraiment devenir plus durable ?

Formule 1 est tiraillé entre deux objectifs très contradictoires : proposer un spectacle de plus en plus extraordinaire pour un nombre de partisans toujours plus important, notamment avec le programme Netflix « Drive to survive », et atteindre son ambitieux objectif de zéro émission nette en 2030.

La F1 devient un laboratoire intéressant pour le futur des grands événements sportifs, ce qui s’applique à tous les sports même en dehors de l’automobile.

Le vrai problème carbone de la F1 n’est pas les voitures. C’est la logistique.

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