Stade BC Place à Vancouver lors de la Coupe du monde FIFA 2026 – Crédit Canadian Press – Darryl Dyck

Sport+Eco lance une série d’articles sur la Coupe du monde de la FIFA afin de mieux comprendre comment l’une des compétitions les plus grandes au monde prend en compte les enjeux environnementaux. Alors que Toronto mise principalement sur la mobilité durable pour réduire l’impact de la Coupe du monde de la FIFA 2026, Vancouver a choisi une approche différente. Comment utiliser un méga-événement sportif pour accélérer une stratégie d’économie circulaire déjà existante ? Pour la ville de Vancouver, un mégaévénement de cette envergure devrait s’aligner sur son modèle de ville “verte” sur lequel elle travaille depuis des années. Comment une ville peut imposer sa vision à une organisation mondiale aussi influente?

Découvrez les articles de la série « FIFA 2026 »

1 – Comment la FIFA gouverne la durabilité de la Coupe du Monde 2026 ?

2 – Toronto mise sur la mobilité durable pour réduire l’impact de la Coupe du Monde FIFA 2026

3 – Vancouver – réduire les déchets et intégrer la stratégie climatique locale

4 – La Coupe du monde de la FIFA 2026 pourrait-elle être la plus chaude de tous les temps ?

5 – Les stades les plus durables de la Coupe du Monde 2026

Vancouver : une stratégie environnementale déjà structurée avant la FIFA

Contrairement à plusieurs villes qui développent des plans environnementaux spécifiques pour accueillir un événement, Vancouver applique le sien. Vancouver ne modifie pas sa stratégie environnementale pour la FIFA, elle impose sa propre vision de ville durable. Est-ce que cela fonctionne ? 

Vancouver tente d’intégrer la Coupe du monde à sa stratégie environnementale déjà existante. Depuis 2020, la ville de Vancouver s’efforce de devenir une ville plus verte grâce à un programme appelé “Greenest City Action Plan”. Après avoir atteint complètement 8 de ces 18 objectifs, elle a lancé un nouveau programme appelé “Zero Waste 2040”. Leur vision est que Vancouver devienne une communauté zéro déchet d’ici 2040. 

De plus, à travers leur plan “Climate Emergency Action Plan (CEAP)” – Climate Emergency Action Plan, ils comptent réduire leur pollution carbone de 50 % d’ici 2030. 

Une compétition de cette envergure servira de véritable test grandeur nature pour ces programmes, permettant d’évaluer leur efficacité lorsqu’ils sont appliqués à un événement accueillant des centaines de milliers de visiteurs.

Le stade BC Place à Vancouver

La réduction des matières résiduelles lors de la Coupe du monde FIFA 2026

Les grands événements sportifs génèrent souvent entre 4 et 7 kg de déchets par personne selon plusieurs estimations internationales. À l’échelle de la Coupe du monde et de la taille du Stade BC Place, nous parlons potentiellement de milliers de tonnes de matières résiduelles à gérer, sur les 7 matchs accordés à Vancouver. 

Pour limiter cet impact, Vancouver prévoit :

  • davantage de stations de tri ;
  • une augmentation des équipes de collecte ;
  • des équipes dédiées au nettoyage rapide des zones piétonnes ;
  • une présence accrue dans les secteurs à forte fréquentation.

Selon la Ville, ces mesures visent à maintenir des taux élevés de récupération malgré l’afflux massif de visiteurs.

Le partenariat avec Binners’ Project

L’une des initiatives les plus originales de Vancouver concerne sa collaboration avec le Binners’ Project. Le Projet Binners est un groupe de collecteurs de déchets aidés par un personnel de soutien dédié à l’amélioration de leurs opportunités économiques et à la réduction de la stigmatisation qu’ils subissent en tant que collecteurs informels de recyclage. 

Au-delà des bénéfices environnementaux, cette collaboration crée également un impact social positif. Elle rappelle que la durabilité d’un événement sportif ne se limite pas aux émissions de carbone ou aux déchets, mais peut aussi contribuer à l’inclusion économique et sociale.

Des membres du programme Binners’ Project transportent des centaines de canettes dans les rues de Vancouver.

La coupe du monde comme accélérateur de l’économie circulaire, à Vancouver

Selon une étude d’Upstream Solutions, un grand stade américain qui accueille près de 300 événements par année peut consommer plus de 5,4 millions de gobelets à usage unique, ce qui illustre l’importance des systèmes de réemploi dans les infrastructures sportives modernes.

Les deux villes canadiennes, Toronto et Vancouver, semblent avoir pris une décision commune de réduire leur impact grâce à l’utilisation de gobelets réutilisables dans les deux stades.  À Vancouver, le système de consigne et de réutilisation a déjà fait ses preuves lors de compétitions sportives au Stade BC Place. 

Selon le site du BC Place, c’est le premier stade canadien à mettre en place un programme de gobelets réutilisables pour toutes les boissons servies dans le stade et qui a pour ambition d’obtenir la certification Zéro Déchet d’ici 2026. En collaboration avec la société basée à Vancouver, ShareWares, le programme offre une alternative plus durable au recyclage et au compostage à usage unique.

L’adoption de gobelets réutilisables plutôt que des articles à usage unique à Toronto et Vancouver pour la Coupe du Monde de la FIFA 26™ dans les stades et au Fan Festival™ pourrait empêcher l’utilisation de 2,3 millions d’articles jetables, évitant ainsi 43,6 tonnes de déchets.(selon ETA)

Tableau comparatif des deux stades canadiens utilisés lors de la Coupe du monde de la FIFA 2026 avec des chiffres sur le programme de gobelets réutilisables.

Après chaque événement, les tasses sont lavées et désinfectées au laboratoire de lavage ShareWares Mount Pleasant, où elles sont préparées pour un autre événement. 

Gobelet réutilisable utilisé au stade BC Place.

BC Place : un stade existant et une logique anti “éléphant blanc”

Comme pour l’ensemble des stades utilisés pour la Coupe du monde 2026, Vancouver s’appuie sur une infrastructure existante. Ce qui réduit drastiquement l’empreinte carbone de la compétition et ici de la ville. 

Le stade BC Place ne sera pas l’« Éléphant blanc » de la Coupe du monde FiFA 2026. On parle d’« Éléphant blanc » quand une installation est construite spécifiquement pour un événement, avec des standards très élevés, sans pouvoir être utilisée à son plein potentiel après la compétition. C’est-à-dire que les investissements pour le bâtir ont été trop importants par rapport à la retombée que cet édifice pourrait engendrer. Le Stade olympique à Montréal est souvent pointé du doigt par les Montréalais et Québécois comme l’« éléphant blanc » des Jeux olympiques de Montréal de 1976. – Lire la série d’articles “Stade O” – Série “Stade O” #1 – Un grand Stade, de grandes responsabilités – Sport+Eco 

Ici, le BC Place est déjà utilisé par la MLS pour accueillir les matchs des Whitecaps et d’autres événements de très grande envergure comme les Invictus Games en 2025. 

De plus, le stade bénéficie déjà d’une stratégie bien avancée sur la réduction et le détournement des matières résiduelles. Lors de la finale du championnat de la MLS, Sport+Eco avait fait un article sur l’équipe des WhiteCaps et leurs initiatives – lire article : Le soccer canadien avance vers un modèle plus durable : l’exemple Whitecaps FC & BC Place – Sport+Eco 

Lors d’un événemnt sportif au B.C. Place, le volume de déchet peut grimper jusqu’à 47 500 kilogrammes lorsque l’ensemble du stade de 55 000 places est occupé.

Selon Jenna Visram, directrice générale adjointe du B.C., l’objectif est de détourner 90 % des déchets du stade des sites d’enfouissement d’ici la fin de 2026, ce qui ouvrirait la voie à sa qualification comme installation zéro déchet.

Une pelouse pas complètement durable 

Le Stade BC se dote d’une nouvelle pelouse naturelle conforme aux standards de la FIFA. Pour la première fois, il y aura une pelouse cultivée localement dans la vallée du Fraser, qui remplace le revêtement synthétique habituel.

BC Place utilisera un système souterrain d’irrigation et de ventilation optimisé afin de réduire au maximum la consommation d’eau tout en maintenant la qualité de la pelouse. Une priorité face aux restrictions d’eau de niveau 3 en vigueur dans le Grand Vancouver, pour limiter au minimum la consommation d’eau.

Mais on apprend que cette pelouse est temporaire. Une fois la Coupe du Monde terminée, le gazon temporaire sera retiré pour réinstaller du gazon synthétique pour les saisons régulières des Whitecaps de Vancouver et des BC Lions.

C’est le grand débat sur le gazon. On entend dire que le gazon synthétique est plus durable car il est plus stable, il demande moins d’entretien et réduit considérablement la consommation d’eau. Ceci dit, ce type de gazon augmente fortement la température sur le terrain, ce qui a des répercussions sur la santé des athlètes. D’où la nouvelle règle avec les pauses d’hydratation.

Vancouver : un laboratoire  à ciel ouvert ?

La ville a intégré le tournoi à ses propres objectifs environnementaux déjà existants. La Coupe du Monde agira comme un laboratoire à ciel ouvert, permettant à Vancouver de tester ses ambitions environnementales à une échelle rarement atteinte.

Réduction des déchets, économie circulaire, réemploi, récupération alimentaire et gobelets réutilisables s’inscrivent dans une vision à long terme qui dépasse largement la durée du tournoi.

Dans le prochain article, nous évaluerons les stades utilisés lors de la Coupe du monde de la FIFA 2026 et leur durabilité.

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