
Le plus grand risque pour le sport n’est pas de ne pas être assez vert. C’est de vouloir paraître plus vert qu’il ne l’est réellement. L’industrie du sport met en place de plus en plus d’actions écoresponsables, consciente du rôle et de l’influence qu’elle peut jouer sur la société et l’environnement. Mais comment distinguer une vraie action durable d’une opération marketing ?
Et surtout : faut-il avoir peur de communiquer sur ses actions par crainte d’être accusé de greenwashing ? Pour Sport+Eco, la réponse est non. Il faut communiquer. Mais il faut surtout communiquer ce que l’on peut démontrer.
L’objectif de cet article est d’aider les organisateurs à reconnaître le greenwashing pour avancer vers de vraies pratiques responsables et transparentes. D’ailleur, selon le Sport Industry Report 2025, réalisé avec Nielsen Sports et Think Beyond, 70 % des fans et 89 % des professionnels du sport estiment que les équipes et les ligues devraient en faire davantage en matière de durabilité et d’enjeux sociaux. Donc il y a une réelle envie de voir les choses s’améliorer, mais les actions doivent suivre les mots. En bon québécois, « les babines doivent suivre les bobines».
Il existe aujourd’hui un paradoxe dans le sport. Il est encore très courant de voir des organismes sportifs et des événements sportifs ne pas communiquer sur leurs actions curables par manque de temps ou peur de communiquer et de se faire juger d’écoblanchiment.
La première chose qu’il faut retenir c’est que si personne ne communique sur vos initiatives, même pas votre équipe, comment pouvez-vous faire comprendre à votre communauté les efforts que vous mettez en place. Moins vous communiquerez, plus difficile vous réussirez à faire accepter vos actions par vos athlètes et votre communauté.
Quand vous prenez une décision radicale sur vos intentions de réduire vos émissions carbones, il faut communiquer pour éviter toutes surprises ou frustrations. Récemment la Formule 1 Grand Prix du Canada (lien) a décidé de changer les dates de la course, en la précédant d’un mois, afin de s’ajuster au calendrier de la F1 et éviter les déplacements outre-atlantique en plein milieu du circuit européen.
Greenwashing sportif : définition et exemples
C’est quoi, exactement, le greenwashing ?
Le greenwashing, ou écoblanchiment, consiste à donner l’impression qu’une organisation, un produit, un service ou une activité est plus respectueux de l’environnement qu’il ne l’est réellement, notamment par des affirmations fausses, trompeuses, exagérées ou insuffisamment détaillées. Ces allégations peuvent être considérées fausses ou trompeuses par le Bureau de la concurrence. Le Bureau examine les situations au cas par cas, et les conséquences juridiques dépendent de la nature de l’allégation et des dispositions applicables.
À quoi ressemble le greenwashing dans le sport ?
Exemple 1 – La micro-action transformée en grande révolution
« Notre événement est maintenant plus vert grâce à nos bouteilles réutilisables.»
« Notre événement est écoresponsable car nous utilisons une installation qui fait du compostage.»
Il y a une ambition de mieux faire, mais les actions ne dépendent pas de l’organisateur qui se vante d’être écologique ou de l’organisateur qui remplace un item, ici la bouteille en plastique, sans prendre en compte les déplacements, l’énergie, les infrastructures ou les achats.
Exemple 2 – S’associer à des partenaires qui ne sont pas écoresponsables
Un des sponsors de l’événement fait partie d’une industrie qui prône l’utilisation des énergies fossiles ou fait de la déforestation.
À l’inverse, ça peut être une athlète qui se greffe à votre événement, mais qui est associée à une marque de fast-fashion, par exemple. (lien article)
L’association a une marque n’ayant pas une bonne image, même si elle vous donne un très bon montant de commandite, peut nuire à votre propre image et donc votre réputation. Notamment quand vous avancez que vous mettez en place des actions pour réduire votre empreinte.
Exemple 3 – La compensation comme solution miracle
Annoncer « Notre événement est carboneutre », alors que l’essentiel de la stratégie repose sur la compensation plutôt que sur la réduction des émissions.
La compensation ne devrait pas devenir un raccourci permettant d’éviter la question fondamentale : qu’avons-nous réellement réduit ?
Exemple 4 – Le « zéro plastique » trompeur
Lors d’un méga-événement, le comité organisateur annonçait vouloir organiser l’événement le plus écoresponsable de l’histoire, en mettant en place de nombreuses actions, qui étaient réelles et mesurées. Notamment avec la suppression des gobelets à usage unique ainsi que des bouteilles à usage unique, mais l’événement venait avec une commandite historique qui a utilisé massivement des bouteilles en plastique de grande taille pour servir les boissons dans les gobelets réutilisables.
Une bonne initiative ne rend pas automatiquement un événement durable. James Guilbaud
Signes pour le reconnaître du greenwashing
- Annonces floues : pas de chiffres, pas de mesures.
- Mise en avant d’une micro-action mais silence sur l’impact global.
- Communication disproportionnée par rapport aux actions.
- Déconnexion entre sponsor/partenaire et le discours durable de l’événement.
Loi C-59 : une bonne nouvelle pour le sport ?
Ce que les organisateurs d’événements sportifs doivent savoir sur la façon de communiquer sur leurs actions écoresponsables. Une communication environnementale floue ou exagérée n’est pas la solution et peut nuire à la réputation. Le risque réputationnel peut être encore plus immédiat et fort pour votre événement.
C’est quoi la loi C-59 ?
La loi C-59 est un amendement à une loi existante sur la concurrence. Son objectif est de mieux encadrer les affirmations environnementales des organismes pour éviter l’écoblanchiment et protéger la confiance des consommateurs.
Pour faire simple, il ne faut pas exagérer dans votre marketing en mettant, “notre événement est le plus écoresponsable” mais s’en tenir à un discours plus humble en disant “ nous nous efforçons d’être plus durables dans l’organisation de notre événement” ou “nous mettons plusieurs actions en place pour réduire notre empreinte carbone”. Le but est que vos mots reflètent la réalité et que vous ne fassiez pas de publicité qui pourrait influencer vos participants ou les tromper. La loi C-59 sert à protéger le consommateur sur ce qu’il va consommer, mais pas à traquer tout ce que vous faites.
Conclusion – Est-ce qu’il faut communiquer sur nos actions responsables ?
Après avoir lu cet article, c’est probablement la vraie question que se posent les organisateurs d’événements sportifs ou les équipes professionnelles. Les organisations doivent communiquer davantage, mais de façon crédible.
Il faut surtout communiquer sur vos ambitions, votre vision et votre stratégie globale. Pourquoi mettez-vous ces actions en place et comment s’inscrivent-elles dans une stratégie globale pour influencer vos décisions ?
Si les organisations cessent de parler de leurs initiatives par peur de mal faire, on perd :
– des exemples ;
– de la mobilisation ;
– de la pression positive ;
– du partage de bonnes pratiques ;
– de l’inspiration pour les autres événements.
C’est exactement pourquoi le média de Sport+Eco existe. Le but est de vous donner une tribune ou vous pouvez communiquer sur vos actions et inspirer les autres organisateurs et organismes sportifs.
Est-ce qu’on communique trop ? Voici un témoignage de Frédérique Bujold, de Tennis Canada, dans le cadre de l’OBN, que disait que dans les sondages adressés au public, ils mentionnaient souvent que Tennis Canada pourrait mieux faire en matière écoresponsabilité. Alors que ça fait partie de leur stratégie depuis 10 ans et qu’ils mettent des choses remarquables en place – voir article.
Quand vous cherchez quoi raconter à vos partisans, des actions concrètes et durables que vous mettez en place pourraient faire une grande différence sur leur perception et surtout sur la réussite de vos actions, car le message sera passé.
La question n’est plus : êtes-vous durable? La question est : pouvez-vous le prouver? »
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