Au départ de la Tremblante, course de 50km de la Borealys Mont-Tremblant by UTMB.

Peut-on accueillir des milliers de coureurs dans un milieu naturel sans mettre davantage de pression sur le territoire qui les accueille ? Pour la première fois l’UTMB® s’invite au Québec. Ce sont plus de 4 000 coureurs qui se sont rassemblés pour célébrer l’inauguration du nouveau et prisé rendez-vous québécois du circuit UTMB® World Series. La Boréalys Mont-Tremblant by UTMB®  s’est tenue du 14 au 16 août, du village aux sommets. 

À l’occasion de cette première édition de Borealys au Québec, Michel Poletti, fondateur de l’UTMB et Samuel Matte-Thibault, directeur général de Boréalys Mont-Tremblant by UTMB® reviennent sur la responsabilité d’un événement international de trail envers son territoire et ses espaces naturels.

« Un événement doit être développé pour servir son territoire. Il ne doit pas être développé à l’encontre du territoire. Ça n’aurait tout simplement aucun sens. »

Michel Poletti – fondateur de la course UTMB

Première édition vécu de l’intérieur

Le dimanche 16 août, j’ai moi-même pris le départ de la Tremblante 50K, avec 50 km et 2 610 m de dénivelé positif. Une course très technique de 6 h 49, à travers les sentiers de Mont-Tremblant . Un véritable défi et une immersion au cœur d’une première au Québec et d’une mythique course UTMB. Au-delà du défi sportif, cette course m’a permis d’observer concrètement le rapport entre un événement de cette ampleur et le territoire qu’il traverse : la gestion des sentiers, la concentration des coureurs, les zones sensibles et la cohabitation avec les autres usagers. 

James Guilbaud finissant de la course de 50km de la Borealys Mont-Tremblant by UTMB

Boréalys Mont-Tremblant by UTMB : un nouvel événement international au Québec

Cette course est coproduite par l’OBNL Événements Harricana, organisateur de la célèbre UTHC à Charlevoix, et UTMB World Series, référence mondiale en trail. Boréalys Mont-Tremblant by UTMB permet de cumuler des “Running Stones” afin d’accéder au tirage au sort de la course reine  HOKA UTMB® Mont-Blanc, à Chamonix. Les courses se divisent en six parcours pour différents niveaux d’expérience dont l’Odyssée 100K, la Tremblante 50K, le Diable 20K et les Chutes-Croches 20K.

Sport+Eco : Comment créer un nouvel événement de trail international, sans que son développement se fasse au détriment du territoire ?

La première limite d’un événement en extérieur, c’est la capacité du territoire. Nous avons donc posé la question à Michel Poletti fondateur de l’UTMB et Samuel directeur de la course Borealys Mont-Tremblant By UTMB : 

Michel Poletti : “Je trouve la question presque surprenante parce qu’un événement doit être développé pour servir son territoire. Il ne doit pas être développé à l’encontre du territoire. Ça n’aurait tout simplement aucun sens. Et je dirais surtout qu’on est dans un sport qui est profondément attaché à la nature, et donc profondément attaché au territoire.

D’ailleurs, créer un événement n’a de sens que s’il y a une équipe locale qui est là pour l’organiser. C’est le cas ici, avec l’équipe d’Événements Harricana. Donc, pour répondre à la question, un événement de course de sentier, c’est forcément un événement qui va chercher à servir son territoire.”

Samuel Matte-Thibault : “Ça se fait avec concertation avec le milieu. À la base, on s’est assis avec Mont-Tremblant, la CEPAC, la Ville, le Domaine Saint-Bernard et d’autres partenaires aussi pour la gestion des sentiers. Puis, ensemble, on a fixé les maximums, les jauges, la capacité des sentiers.

La capacité qui nous avait été ciblée était beaucoup plus élevée que ce que nous avons décidé de faire. On nous avait donné la permission d’aller jusqu’à 8 000 inscriptions, puis on a décidé de faire une première édition avec moins de participants.” Il y avait 4000 participants pour cette première édition. 

Samuel Matte-Thibault : ‘En même temps, on ne connaît pas le milieu depuis 15 ans.” Comparativement à leur course UTHC d’harricana qui va célébrer sa 15eme édition cette année. Un lourd défi pour le comité organisateur d’enchaîner 2 grandes courses internationales.  

Samuel Matte-Thibault : “On a donc travaillé avec eux en concertation et établi des partenariats. Je te donne un exemple avec le Domaine Saint-Bernard : on s’est engagés à faire un certain nombre d’heures d’entretien des sentiers avec eux, à remettre les sentiers en ordre après notre passage, des choses comme ça. On travaille vraiment en collaboration avec le milieu, et ça s’est fait de façon concertée pour s’assurer qu’on ne vient pas briser les sentiers, qu’on ne vient pas défricher quelque chose qu’on ne devrait pas toucher ou quoi que ce soit.

C’est vraiment comme ça qu’on a travaillé le parcours et qu’on a créé cet événement-là. Sans acceptation du milieu, on n’aurait jamais pu le faire.« 

« Sans sentier, sans droit d’accès, on n’a pas d’événement. » Samuel Matte-Thibault 

Sport+Eco : Quels sont pour toi les principaux défis environnementaux liés à l’organisation de Borealys ?

Samuel Matte-Thibault : “À Harricana, nos défis à Charlevoix sont complètement différents parce que c’est complètement isolé. Là, on est sur un domaine qui est beaucoup plus accessible.

Je pense qu’ici, on est dans un milieu semi-urbain mais il y a beaucoup de monde. Il n’y a pas juste les coureurs.

Je pense que nos coureurs sont consciencieux, mais je pense qu’il y a aussi un travail d’éducation à faire avec les touristes. Ce que je veux dire, c’est que moi, j’arrive des fois à 3 h du matin et il y a des déchets partout.

Je pense qu’il faut toujours travailler dans cette conscientisation-là, s’assurer que ça se passe bien et vraiment continuer à travailler avec les acteurs du milieu pour préserver les sentiers, préserver l’entretien de ces sentiers-là. J’ai hâte de voir ce qu’on peut faire pour aider les milieux à se préserver et s’assurer que nos sentiers restent de beaux sentiers accessibles pour tout le monde.”

Sport+Eco : Est-ce que certaines portions du parcours sont volontairement limitées ou interdites aux coureurs pour des raisons de conservation ?

Samuel Matte-Thibault : “Il y a beaucoup d’endroits dans le Domaine Saint-Bernard où la course qui est dans la catégorie du 100 km, l’Odyssée, passe ou effectivement on ne peut tout simplement pas passer.

Côté préservation, le Domaine Saint-Bernard est une fiducie qui a comme première vocation de préserver la nature. Donc c’était un gros enjeu pour eux d’accepter notre événement, d’être présents, puis de leur montrer qu’on allait y aller dans le respect. On emprunte les sentiers qu’eux nous rendent accessibles pour s’assurer que ça se passe bien.

Dans certains endroits du Domaine Saint-Bernard, on a mis des affiches : « Attention, traversée de chevreuil », « Milieux sensibles, respecter la faune ». Cette portion-là est très sensible.

Tout le côté versant nord aussi, qui est beaucoup plus sauvage, on tombe dans des sentiers plus spécifiques, des vieux sentiers. Là, on n’est pas nécessairement limités, mais on ne peut pas couper les arbres qu’on veut, s’ils sont tombés. On peut le faire, mais il faut le faire d’une façon concertée et dans le respect. Il faut s’assurer qu’on le fait correctement.

Si un arbre est tombé, on a le droit de le couper, alors qu’à d’autres endroits sur la montagne, si un arbre tombe, on va le couper, on ne se posera pas nécessairement la question. »

Michel Poletti : “Sur l’aspect de la protection de la nature, de toute façon, les courses ici sont définies en relation aussi avec les gestionnaires d’espaces naturels. Évidemment, il faut avoir un soin tout particulier à ne pas endommager en quoi que ce soit la nature.

Maintenant, on a aussi la chance de faire un sport qui est particulièrement, je dirais, relativement doux pour la nature. On va courir sur les sentiers, mais on va évidemment rester sur les sentiers. On va surtout s’éloigner de toute la nature et de l’environnement : on ne va pas y toucher.

Et le sentier, on va veiller effectivement, par la gestion du nombre de personnes, à ce qu’il ne reste pas trop de monde en même temps, au même moment, sur les sentiers.

Donc moi, je suis vraiment convaincu qu’aujourd’hui, on pratique un sport, que ce soit ici à Mont-Tremblant, au Québec, ou partout ailleurs, qui est par nature respectueux de l’environnement naturel.”

À condition d’avoir les bons gestes, à condition évidemment de faire attention, à condition de restaurer ce qu’on pourrait éventuellement abîmer, à condition de ne rien jeter, etc.” – Michel Poletti – fondateur de la course UTMB

Photo prise lors de ma course au 29km, après une jasette avec Florian Lamblin, Directeur Général, au centre et Michel Poletti à droite  fondateur de l’UTMB.

Sport+Eco : Qu’est-ce que vous avez volontairement décidé de ne pas faire pour la première édition pour des raisons environnementales ?

Samuel Matte-Thibault : “C’est une très bonne question. Une chose que j’ai trouvée fantastique dans le fait de travailler avec l’UTMB, c’est qu’il y a plusieurs choses qu’ils font dans d’autres événements où nous, moi, je dis : « Moi, je ne ferais pas cette chose-là dès le départ, j’irais ailleurs, j’irais plutôt dans cette optique. »

C’est pour cela que je suis allé vers des fournisseurs québécois le plus possible pour m’assurer d’avoir des produits locaux, même si, par exemple, le coût était plus élevé.

Au-delà de tout ça, moi, je pense que ça vaut la peine d’investir au Québec, de faire en sorte aussi que ça réduit l’empreinte. L’UTMB était vraiment d’accord. Ils voulaient vraiment qu’on aille dans cette voie-là. C’est quelque chose dont je suis quand même assez fier.« 

Conclusion

Ces questions prennent de plus en plus de place et d’importance alors que le trail connaît une croissance rapide et que de nouveaux événements internationaux apparaissent dans des territoires où les sentiers, les milieux naturels et les communautés locales ont leurs propres limites.

La première édition de Boréalys Mont-Tremblant by UTMB ne permet pas encore de tirer toutes les conclusions sur l’impact environnemental d’un événement de cette ampleur. Mais nous comprenons déjà mieux comment un événement de ce calibre est organisé tout en respectant son territoire.

L’utilisation de sentiers déjà existants et l’absence d’infrastructures lourdes ne signifient donc pas nécessairement l’absence d’impact environnemental. L’empreinte d’un événement de trail se mesure aussi à travers la mobilité des participants et des spectateurs, la pression sur les milieux naturels, la gestion des déchets ou encore les ressources nécessaires à son organisation.

La mobilité est notamment un enjeu important au Québec, où l’accès à certains territoires de plein air repose encore largement sur l’automobile. Comment développer des événements sportifs en nature lorsque les solutions de mobilité douce restent limitées ? C’est une question qui dépasse Boréalys et qui concerne plus largement le développement du sport au Québec.

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